Aujourd’hui j’ai choisi de partager une expérience de « vie antérieure » travaillée en hypnose il y a quelques temps. Travailler de cette façon n’est pas anodin, et ce sont rarement des vies faciles qui ressortent. Alors avant de se lancer dans l’aventure il faut être prêt et savoir pourquoi on le fait. Ce n’est pas juste de la curiosité, cela vient faire travailler des choses en profondeur et là c’était vraiment le cas.
Est-ce réellement une vie antérieure ? Est-ce juste mon imagination ? Des projections inconscientes ? Je serais bien en peine de dire ce que c’est exactement. Ce qui est important c’est que cela me touche et que j’avais besoin que cela sorte.
Dans cette histoire, j’étais un homme, un moine, peut-être un franciscain car il me semble que je portais une tunique brune avec une corde autour de la taille, et des sandales aussi. Je l’appellerai Paul. Je ne sais pas à quelle époque. Et comme cela a été émotionnellement très éprouvant j’ai eu l’idée et l’envie de lui écrire une petite lettre.

Paul,
Bonjour à toi, version de moi-même qui me poursuit et qui me hante comme un boulet rouge accroché à mon pied.
J’ai longtemps redouté cette rencontre car je sentais que renouer avec cette partie sombre de moi allait être vraiment dérangeante. Avoir été victime de sévices, d’injustice ce n’est pas simple…mais passer du côté du bourreau l’est encore moins. La victime est souvent considérée comme la bonne personne, l’innocente. Le bourreau est tout simplement… un monstre!
Je sais que tu n’as pas eu une vie facile, que tu n’as pas choisi d’ailleurs, que tu as été endoctriné et enfermé. La plus grande partie de ta vie passée entre 4 murs, muré dans un dogme asséné 24h/24h, au rythme des prières, des lectures toujours les mêmes depuis ton adolescence. Tu as fini par y croire, trop certainement, car il n’y avait pas d’autres horizons, pas d’autres issues de salut. On t’as dit qu’il fallait souffrir, comme le christ pour gagner la paix éternelle et la reconnaissance du père céleste. Alors tu as souffert, tu t’es mortifié, tu t’es privé de tout. Privé de biens matériels, privé de nourriture, privé de lien avec l’extérieur, privé d’amour, d’actes charnels…de tout. Tout était interdit de toute façon en dehors de la prière.
Ce corps et ses sentiments qui te semblaient monstrueux tu as cherché à les dompter, tu es devenu dur avec toi-même extrêmement dur. A en devenir maigre, sec, consumé comme les chandelles disposées sur l’autel, et plus le temps avançait, plus cette souffrance augmentait. Petit à petit tu as commencé à infliger cette même rigueur et cette même dureté envers les autres. On te disait sans cœur et méchant, alors que tu étais juste en souffrance. Tu croyais réellement et sincèrement que cela était juste, que l’on était sur terre pour souffrir et que c’était le seul moyen pour faire sortir le mal et le pêché de nos cœurs. Tu as pris ta mission un peu trop au sérieux. Je ne veux pas savoir quelles dénonciations tu as pu faire, je ne veux pas savoir si tu as eu des liens avec l’inquisition ou d’autres organisations du même type, je ne veux pas savoir combien de personnes ont subis des châtiments cruels par le biais de tes accusations ou de tes actes…on va laisser ça de côté parce que je ne pourrais pas le supporter. Le simple fait de le supposer me suffit. Tu es tout ce que je déteste aujourd’hui. La seule chose qui te rende humain et pardonnable à mes yeux est cette souffrance immense et ton absolue ignorance.
Je dois aujourd’hui apprendre à cohabiter avec toi, je ne peux pas te renier puisque tu fais partie de moi. J’ai ouvert la boîte de pandore de mon côté sombre, les semaines à venir vont être difficiles…J’ai l’impression que nous sommes comme les deux faces d’une même pièce. Je sais aujourd’hui que j’ai beaucoup cheminé, que je ne suis plus capable de telles actions alors je nous pardonne car cette expérience aussi dure et désastreuse soit-elle nous a enseignée beaucoup de chose. Tu as laissé quelques traces en moi que je retrouve aujourd’hui.

Je ne crois plus que le salut soit dans la souffrance, bien au contraire.
Je n’ai aucun goût pour le pouvoir,
J’ai toujours le goût de la solitude qui me permet de réfléchir,
J’ai toujours le goût du silence et parle peu,
J’ai toujours cette foi qui t’animait mais sous une forme bien différente.
J’ai toujours une certaine ténacité dans mes convictions et dans le désir d’avancer sur mon chemin.
Je sais toujours me contenter de peu, et aller à l’essentiel,
J’ai appris à essayer ne plus juger ni critiquer les autres…parce que je n’ai pas toujours été une bonne personne non plus et loin de là.
J’ai maintenant une aversion certaine pour toute forme de dogme, pour toute forme d’intégrisme et d’enfermement physique ou mental ce qui me permet aujourd’hui au contraire d’expérimenter et d’ouvrir ma conscience à d’autres façons de penser.
Je te remercie mon petit moine intérieur pour tous les enseignements et les prises de conscience reçus, il est temps pour toi de t’adoucir et de retrouver la paix. Continuons à refuser les dogmes et les croyances limitantes. Quels que soient nos actes il y a toujours un espoir d’évolution, personne n’est laissé de côté et même si le chemin est long et difficile on finit toujours par arriver quelque part.
Mais une question demeure, dans l’hypothèse où cela serait possible, si l’on me remettait dans une prochaine vie dans les mêmes conditions d’éducation, d’enfermement et d’idéologie que toi…quel côté de la pièce se montrerait ?