Aujourd’hui j’avais envie de vous partager un article écrit il y a deux ans, un peu remanié et que je complèterai dans un autre article car j’ai eu d’autres informations depuis. Il s’agit ici d’exposer comment des mémoires (liées au judaïsme), dont je ne sais pas définir encore si elles sont personnelles (type vie antérieure), familiales ou collectives, rythment ma vie régulièrement. Je vous mets les faits par ordre chronologique, parce que en général je vois ou ressens les choses avant d’en avoir l’explication. Il n’y a normalement pas d’influence extérieure au moment ou le ressenti arrive. Je dois aller à la pêche aux infos et reconstruire le puzzle, les pièces apparaissent au fur et à mesure.
Tout à commencé toute petite, par un premier rêve que je n’ai pas compris, mais dont je me souviens toujours aujourd’hui, j’avais entre 4 et 5 ans pas plus. Nous étions dans un cimetière pour des obsèques, (je ne m’étais encore jamais rendu à ce genre d’évènement j’étais vraiment très petite) et le cadavre était recouvert de petits cailloux.
Des années plus tard, jeune adulte j’ai appris que c’était une tradition juive de placer des petits cailloux sur les défunts, ou sur l’emplacement de leur tombe…(ou les deux ?) par le livre d’ Elisabeth Kubler Ross, la mort dernière étape de la croissance.
1990 : j’ai découvert l’arbre généalogique de ma grand-mère paternelle, née en Algérie,qui contient des noms de famille un peu spéciaux, Busutil, Xichma, etc. Certains sont typiquement Maltais, d’autres d’origine juive sépharade d’Espagne.
Mon grand-père m’avait dit que pendant la deuxième guerre mondiale, ils avaient du se cacher quelques mois en raison des origines de ma grand-mère. Mais là non plus, je n’ai pas compris, personne (et surtout pas ma grand-mère) n’a jamais voulu parler de cette histoire. Elle ne semblait pas être fière du tout de ses origines, voir les rejetaient complètement. Nous n’avons jamais eu d’éducation religieuse ni de croyances ou rituels quelconques, ni de lien avec cette partie de la famille. C’est comme si ma grand-mère avait cherché à les « effacer » de sa vie.
D’après mes petites recherches sur les patronymes, j’en ai déduit que nos ancêtres ont probablement été chassés d’Espagne par une inquisition particulièrement violente pour atterrir à Malte alors Française, où ils sont resté quelques générations avant de rejoindre l’Algérie quand celle-ci est devenue à son tour française vers 1830, jusqu’à la guerre d’Algérie.
2016 : J’en étais là de mes recherches quand nous sommes partis avec mon conjoint (à sa demande!!) et mes enfants en Espagne, en Andalousie. Nous avons passé une journée à Cordoue. En nous promenant dans la ville nous sommes arrivé aux quartiers juifs, il y avait le musée de l’inquisition dont j’étais incapable de m’approcher à moins de 200m complètement terrorisée, et il y avait un petit musée sur l’histoire des juifs d’Espagne. (Casa Sefarad) Et là par contre, j’avais l’impression d’être devant un monument énorme, magnifique, j’avais l’impression qu’il clignotait comme un casino à Las Vegas. J’étais littéralement fascinée et je ne serais jamais partie d’Espagne sans être entrée là-dedans. Ce n’était même pas envisageable.

Nous étions en période d’attentat, l’attentat de Nice avait eu lieu la veille ou l’avant-veille, ma famille n’avait pas voulu m’accompagner, j’étais donc seule dans ce petit musée. Et j’ai eu peur, très très peur. Déjà en lisant les textes du moyen-âge et toutes les interdictions faites aux juifs, je me suis dit que les nazis n’avaient fait que « repomper » des pratiques déjà existantes, et j’ai réalisé aussi que cela pouvait se reproduire encore et encore. Je me suis mise à penser que n’importe quel maboul pouvait débarquer dans ce musée et nous tuer tous sans d’autres raisons que la supposition que nous étions juifs.
J’ai vraiment ressenti une peur irrationnelle, pour moi, pour mes enfants. C’est comme si d’un coup j’avais ressenti ce que c’était d’être juif, d’être persécuté, d’appartenir à un groupe qui déclenche tant de haine et de passions morbides. J’ai pensé que c’était cette peur qui devait habiter ma grand-mère, et qu’elle reniait peut-être ses origines à cause de celle-ci.
Nous avons continué nos vacances et plus le jour du départ approchait, plus j’étais mal parce que je n’imaginais pas pouvoir quitter l’Espagne. Là-aussi c’était irrationnel. Sur le retour, plus nous approchions de la frontière et plus je me sentais oppressée, c’était comme si quelque chose me retenait de toutes ses forces dans ce pays. Une fois la frontière passée, la tension à disparue comme par enchantement.
Quelques mois plus tard, je fais un « rêve » bizarre. Un homme, qui se présente comme mon frère me dit qu’il va mourir, dans quelques heures d’un AVC. Sur le moment j’ai pensé que c’était vraiment mon frère et j’étais très inquiète. Je lui ai dis, mais non, ne t’inquiètes pas, tu es surmené vas te reposer en Espagne sur la terre de nos ancêtres. Et il m’a répondu : « oui c’est ce que je vais faire « . Il avait l’air profondément fatigué et accablé. Je me suis réveillée en espérant que ce ne soit qu’un rêve et que le téléphone ne sonnerait pas pour m’annoncer une mauvaise nouvelle dans la journée. La journée se passe et le lendemain, la radio annonce le décès de Simon Perez l’un des fondateurs de l’état Israélien des suites d’un AVC. Alors y a t-il un lien entre mon rêve et cet homme ? En tout cas c’est une sacrée coïncidence qui m’a beaucoup interpellée.
2017 : A la suite de cette petite anecdote, je m’étais mise en tête de célébrer la pâque juive. C’était très étrange et je ne l’ai jamais refait depuis d’ailleurs. Ma fille fréquentait de son côté une jeune femme juive et rentrait à la maison en disant « shalom » et en me racontant plein de choses concernant le judaïsme.
Je commençais à craindre (une fois de plus…) pour ma santé mentale, cela devenait surréaliste et me dépassait complètement. Un jour, une femme handicapée,(très déficiente intellectuellement et dont la famille est catholique a priori) avec laquelle je travaille vient me voir avec un papier dans la main, des feuilles prises dans un magazine en me disant de sa façon bien à elle : « pour toi, tiens pour toi » Je lui réponds « oh c’est gentil, qu’est-ce que tu me donnes-là ? » Et elle répétait « pour toi, pour toi ». J’ai déplié la feuille et là je suis allée m’asseoir, elle m’a donné ce jour-là, 8 recettes de cuisine juive !! Ben oui je voulais célébrer Pâques…il me fallait des recettes bien sûr !! L’univers à parfois des voies que l’on peine à comprendre. Cette femme n’a pas accès à la lecture, ne savait bien évidemment rien de ce que j’étais en train de traverser et je n’ai aucune idée de la provenance de ces recettes.
2020 nouveau rêve. Juste avant la crise sanitaire et le premier confinement. Nous trouvons au-dessus de la porte de ma maison, un petit étui en métal, contenant un parchemin. On me demande d’afficher cela sur la façade. Je ne me souviens plus de ce qui était écrit sur ce parchemin, c’était comme une protection.
Autre mystère: depuis toujours, je suis fascinée par les beaux tissus, j’adore les voir, les toucher. J’aime le tissage, les métiers à tissus, les tapisseries etc. Je pensais que ce goût me venait de ma grand-mère maternelle, couturière qui m’a apprit à tricoter, à faire du crochet et que j’aimais beaucoup regarder travailler sur sa vieille Singer. Les petites bobines de fils de toutes les couleurs me fascinaient.
2021 : Un rêve bizarre une fois de plus. J’étais dans une petite salle avec un homme, et peut-être une autre personne. On m’a présenté plusieurs pièces de tissus. Chacune me rappelait un souvenir, le canapé de la grand-mère, un vêtement porté pour telle occasion. Et en tout dernier il y avait une pièce de tissus rectangulaire, dans les tons rose-beige. Il y avait comme des rayures en haut et peut-être des franges. Cela semblait très ancien. L’homme m’a demandé : « Et celui-là ? Est-ce que tu t’en souviens ? » Je l’ai observé un instant et j’ai répondu « non, non cela ne me dit rien du tout », cela a eu l’air de contrarier un peu l’homme qui m’accompagnait. Il m’a fait regarder à nouveau toutes les pièces de tissus avant de revenir à cette pièce suspendue et m’a reposé la question ; « est-ce que tu te souviens ? », malheureusement toujours aucun souvenir et je me suis réveillée.
A ce moment précis, Delphine Hortvilleur (rabbin je précise), sort un livre intitulé « Vivre avec nos morts ». J’aime beaucoup cette femme et j’avais déjà eu l’occasion de lire un livre d’elle : « En tenue d’Eve » et j’ai eu l’impulsion irrépressible de lire ce nouveau livre. Je l’ai donc acheté immédiatement.
Et là elle parle de ses expériences en terme d’accompagnement mortuaire et de ses pratiques religieuses, jusque là rien d’anormal. Elle évoque donc cette pratique des petits cailloux sur les morts mais aussi la symbolique des tissus pour les juifs. C’est un symbole très important, c’est un métier traditionnel très fort. Beaucoup de juifs sont tisserands, tailleurs, négociants en tissus etc. En Espagne les juifs avaient fait leur renommée en travaillant des fils d’or, c’était une corporation très puissante et très riche.
Le tissus symbolise pour les juifs la trame de la vie. Chacun d’entre nous vit plusieurs vies en une. (enfant, parent, professionnel, amis, sœur frère…) Nous avons plusieurs casquettes sur nos têtes. Et tout cela se mêle et s’entrelace afin de constituer la trame unique du tissus qui caractérise notre vie.
Quelques passages plus loin elle évoque une ancienne coutume juive, celle de placer des morceaux de parchemins dans de petits étuis au-dessus du linteau des portes d’entrée des maisons. Ces petits parchemins sont des extraits bibliques chargés de protéger la maison. Cela s’appelle des mezouzah.
Mezouzah placée dans mon rêve pour éloigner la mort de la maison comme cela se fait dans la tradition juive… Quelqu’un peut m’expliquer d’où je sors ça ?
Reste cette histoire de tissus mystère…
Jusque là toutes les réminiscences portent sur des coutumes et des pratiques religieuses. Alors je me suis demandée si cela avait un rapport quelconque avec des pratiques juives, comme un tapis de prière par exemple…
Je me suis donc renseignée et non il n’y aurait pas de tapis de prière pour les juifs mais un châle, rectangulaire appelé Talit. Il est traditionnellement tissé en laine, très simple avec quelques rayures pour tout ornement… Ce châle se range dans un petit sac décoré. Est-ce que c’est de cela dont je dois me souvenir ?
Est sorti à cette période un documentaire sur Arte qui parle des relations entre musulmans et juifs. Documentaires en 4 ou 5 parties, évidement la première sur laquelle je tombe est : « tadam !!! La période entre le 8ème et le 15ème siècle », période bénie pour les juifs d’Espagne et particulièrement d’Andalousie. Jusqu’à l’inquisition Espagnole donc.
En regardant ce documentaire j’ai compris que j’avais tapé dans le mille, que mes ancêtres (et peut-être une version de moi) étions bien là-bas à ce moment là. Alors la question que je me pose maintenant c’est pourquoi cette vie ou (ces vies) est aussi présente dans ma vie actuelle. Je n’ai pas l’intention de renouer avec un dogme quelconque, mais il y a comme une nostalgie de cette époque.
Je n’ai pas de souvenirs précis malheureusement, juste l’impression que nous étions bien, que nous étions heureux, unis et solidaires. Il y avait peut-être ce monsieur juif victime d’un AVC. Simon Perez ou un autre peu importe…S’il est venu à moi c’est que nous nous connaissons depuis bien longtemps. Nous avons dû tisser des liens forts pour qu’il me retrouve et m’appelle « ma sœur » quelques heures avant de mourir.
Nous avons dans l’inconscient collectif cette image du juif persécuté, torturé, mauvais mais il ne faut pas s’arrêter à ça. Oui cela a existé, et je l’ai peut-être subis comme tant d’autres mais il y a eu beaucoup d’autres périodes très heureuses et intéressantes Quand les 3 communautés, Juive, Musulmane et Chrétienne vivaient ensemble et en paix.
C’était vraiment un âge d’or comme je l’ai découvert dans ce documentaire, une période extrêmement fructueuse sur le plan spirituel, philosophique et scientifique. Et c’est de cet esprit là dont je dois me souvenir, c’est de cet esprit là dont nos âmes sont nostalgiques.
Cela ne me dit toujours pas pourquoi mais on avance, pièce après pièce le puzzle se construit.
Un soir nouveau rêve. Alors ce n’est pas à proprement parler une réminiscence car il y avait trop d’objets contemporains mais tout de même, la sensation de renouer avec ce passé était bien présente. J’étais dans une rue de type un peu moyenâgeux . Une personne que l’on m’a présentée comme ma grand-mère -maternelle cette fois- devait arriver et passer sous un porche en pierre. Elle était accompagnée de plusieurs enfants. Est-ce qu’elle était-là aussi à cette époque ? Est-ce que c’est elle qui me permet de remonter les fils de cette histoire ?
J’étais très émue de la revoir. On m’a encore montré plusieurs pièces de tissus mais malheureusement toutes appartenaient au passé de ma vie actuelle. Mais je me vois dire avec beaucoup d’émotion, « oui je me souviens de tout cela » Le soir même, j’ai reçu 2 propositions de musique sur Youtube. La première s’intitulait: « A l’époque où nous étions » et la deuxième « souviens-toi des jours heureux ».
Alors signe ou logarithme ?
La suite dans le prochain article car j’ai eu de nouveaux éléments depuis, éléments remontant à deux périodes plus récentes, en Algérie pour l’une et l’autre je ne sais pas où exactement mais c’est moins sympa, c’est pendant la deuxième guerre mondiale.
Je remonte un pan de l’histoire d’une famille bien malgré moi et je ne sais toujours pas pourquoi !!!